• Litha ou Midsummer en germanique
  • Samhradh en celtique gaélique
  • Samon en celtique gaulois
  • Alban Hefin en druidique

Le solstice d’été est bien connu pour sa fête de la musique où l’on va à la rencontre des musiciens dans la rue. C’est aussi pour les plus nostalgiques et traditionalistes le temps de célébrer les fameux feux de la Saint Jean.

Mais comme pour les autres fêtes, l’origine de la célébration du solstice d’été est bien plus ancienne et symbolique !

À la gloire du Soleil

La fête du solstice d’été, qui se déroule presque toujours au 21 juin, est une célébration commune pour les peuples païens d’Europe. Appelée Litha chez les germains et se prononçant « lissa », elle est aussi connue sous le nom de Midsummer chez ces derniers et les anglo-saxons, ou encore pour les celtes, Samhradh ou Samo.

Litha est l’une des fêtes les plus importantes, car c’est le jour où le Soleil est le plus proche de la Terre. Lors de cette nuit, qui est la plus courte de l’année, il est de coutume de danser autour de grands feux de joie, pour consacrer la victoire de la lumière et de l’astre-roi (culte du feu Solaire) avant son prochain déclin qui nous amènera doucement sur la victoire de l’ombre à Yule (Noël) au solstice d’hiver. On demandait aussi aux dieux de veiller sur les troupeaux qui pâturent.

Le culte solaire dans les Vosges

Dans les Vosges, sur les sommets, était célébré le dieu Bel, ou Belenos, dieu celte du Soleil. Les historiens émettent l’hypothèse que ce dieu aurait d‘ailleurs donné son nom à nos fameux « Ballons » des Vosges, ces petits soleils vosgiens. Avec les invasions barbares de la fin de l’Antiquité fut aussi apporté dans nos montagnes le culte de Sunna, la déesse germanique du Soleil, et il était alors de coutume de faire tournoyer dans les airs ou faire rouler dans une pente un disque ou une roue enflammée, coutume qui réapparaît timidement dans nos contrés et qui se fait toujours par exemple à Sierck-les-Bains (Lorraine ; Moselle). Mais, au siècle dernier, la coutume existait aussi encore à Pouxeux et à Rupt-sur-Moselle (Lorraine ; Vosges). Les jeunes gens du village construisaient une énorme roue garnie de paille. Le soir venu, ils la transportaient en haut de la montagne dite Mont de Fourche, après quoi ils enflammaient la roue, la faisait dévaler la pente à grande vitesse afin que cette dernière atteigne le fond de la vallée et aille s’éteindre dans la Moselle.

Un jour, dans le Val de Galilée, selon les dires des anciens, le char de la déesse Sunna qui transportait le soleil ploya sous sa charge, se brisa et ses débris chutèrent dans le massif de l’Ormont à Saint-Dié (Lorraine ; Vosges). Heureusement, le soleil se trouvait sur sa lancée et peut, depuis, tourner dans le ciel sans l’aide du chariot dont il nous reste aujourd’hui les vestiges de ses deux « ridelles » (photo ci-contre).

Sur les terres des hautes limites vosgiennes, de nombreuses petites cupules correspondent à des traces de modestes infrastructures en bois qui servaient vraisemblablement à calculer la course du Soleil. Si celles-ci datent en majorité du néolithique jusqu’à l’époque celtique, de nombreuses autres nous indiquent que cette pratique, bien qu’en diminution, fut vraisemblablement encore utilisée après le Moyen âge.

Sabbats et Feux de la Saint-Jean

Encore une fois, comme pour de nombreuses autres pratiques païennes, l’Église, qui ne put interdire cette fête, se l’appropria pour la rebaptiser en célébration de la Saint Jean-Baptiste, qui se déroule donc au 24 juin.

Si les anciennes fêtes païennes, devenues les sabbats des sorcières et des sorciers, se déroulaient tout au long de l’année, celui de la veille de la Saint-Jean en était l’un des plus redouté, car c’était notamment le seul jour de l’année où les pratiquants de la magie noire pouvaient découvrir et cueillir les herbes qu’ils avaient besoin pour leurs maléfices.

De nombreux attraits et symboles de ces sabbats perçus comme diaboliques par l’Église n’étaient d’ailleurs que des symboliques païennes. Ainsi, sur l’œuvre de l’artiste lorrain Claude Nozerine présentant un sabbat vosgien se déroulant à Mabichon près de Remiremont, on y retrouve d’après la description faite dans le Folklore des Vosges de Sauvé :        

« Des sorcières qui arrivent sur leur balai ou leur bouc ; un groupe se livrent à une cuisine répugnante à base de reptiles ; un nouveau sorcier prête serment (de la main gauche) sur un livre, à la lueur de l’obligatoire bougie noire. Des ombres qui dansent et un couple nu enlacé évoquent les réjouissances du sabbat, animé par un orchestre de diable au physique de satyres. On promène un bœuf, incarnation habituelle du démon Bélémoth. Des animaux fantastiques contribuent à l’ambiance, et les femmes en costume vosgien donnent la « couleur locale » ».

Mais, en réalité, rien de grave à tout cela… si l’on regarde d’un œil plus critique et que l’on met de côté les quelques représentations que l’on qualifierait aujourd’hui de « cliché », à l’image de la « soupe aux reptiles », on se rend bien compte que le bouc, souvent utilisé pour représenter le diable, était en réalité la forme animale que prenait Apollon ou Phébus, dieu du Soleil dans la mythologie gréco-romaine et dont on a retrouvé une représentation au « Camp celtique » de La Bure à Saint-Dié. Quant au bœuf ou taureau, autre incarnation du diable, il était bien avant cela celle de Zeus ou Jupiter, forme que le dieu prit d’ailleurs pour enlever Europe. La nudité représentée dans la peinture n’avaient nul connotation maléfique dans la culture païenne, c’était quelque chose de naturel et, sans vêtement, l’humain était plus proche de la Nature et donc des dieux. Le couple enlacé qui évoquerait les réjouissances du sabbat serait plutôt dans les cultes païens une symbolique en lien avec la fécondité, la descendance et donc la famille. Quant aux diables aux physiques de satyre, il n’y a rien de plus je crois à rajouter à ce caractère antique.

Cependant, toutes les symboliques païennes ne furent pas diabolisées et beaucoup d’entre elles furent conservées, comme par exemple allumer des feux, dit aujourd’hui « Feux de la Saint-Jean », mais aussi la bénédiction des troupeaux annoncée plus tôt dans l’article. On leur mettait des rubans de couleur que l’on accrochait aux cornes des vaches et on les faisait aussi parfois traverser les feux.


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Photos et texte :

Jean-Michaël Choserot

Sources :

SAUVÉ Léopold-François, Le Folk-lore des Hautes-Vosges, [1888], réédité dans la Série « Les littératures populaires de toutes les nations », tome XXIX, G.P. Misonneuve &Larose Editeurs, Paris, 1967, 416 p. Et présenté par FISCHER Gérard et Marie-Thérèse, Floklore des Vosges, sorcellerie, croyances et coutumes populaires, Editions Jean-Pierre Gyss, 1984, 242 p.

GUILLEMOT, Michel, et BLUMEL, Bethsabée (Dir.). Le Petit Larousse des Symboles, « soleil » et « solstice ». Larousse, 2019, d’après une réédition de 2006, p. 579 et 582.

BAMMERT, Jean-Jacques. Contes et Légendes de la Montagne vosgienne, « La roue de feu ». Imprimerie Lalloz-Perrin, (Remiremont, France), 1978, p. 106.

TRENDEL Guy. Les dieux oubliés des Vosges. Coprur, (Strasbourg, France), 1999, p 33.

RIBOULET, Tomas. Feux de la Saint-Jean : la roue enflammée est tombée dans la Moselle à Sierck-les-Bains ! [En ligne], Groupe BLE Lorraine, consulté le 18/06/2021. Disponible sur : https://www.blelorraine.fr/2016/06/feux-de-saint-jean-roue-enflammee-tombee-moselle-a-sierck-bains/

Alaudan. Les fêtes celtiques. [En ligne], Druidisme dans les Vosges, Lorraine, consulté le 18/06/2021. Disponible sur : http://www.vogesos.fr/152450404.