• Beltane en gaulois
  • Walpurgis en germain
  • Floralies en latin
  • Lo Mây en lorrain

D’un pays à l’autre, les événements célébrés le 1er mai diffèrent, et pourtant ils sont liés. Le 1er mai c’est la fête du travail, du muguet, c’est la fête du peuple.

Cette célébration était à l’origine une fête païenne qui se déroulait dans la nuit du 30 avril au 1er mai. Elle répondait au nom de Beltaine chez les celtes, Walpurgis chez les peuples germaniques, ou encore les Floralies chez les romains et gallo-romains. C’était une fête printanière qui faisait suite à la fête d’Ostara.

Les Feux de Beltaine et les traditions de nos aïeux

Chez les celtes, Beltaine ou Belt an en gaulois signifie littéralement « les Feux de Bel ». En effet, Beltaine est dédiée tout particulièrement au feu, qu’il soit terrestre, animique ou encore spirituel. De ce fait, ce jour est consacré à Bel ou Belenos, le dieu celte du feu solaire ainsi qu’à Taranis, le père des dieux et maître du feu céleste (la foudre). Le feu est à la fois une énergie de destruction et de transformation. C’est le feu qui réchauffe, permet la vie, fertilise le sol et éclaire l’obscurité. La veille au soir, on éteignait tous les feux. Puis, quand le soleil se levait, on allumait des feux sur les collines ou à côté des arbres sacrés (arbres de mai), afin d’accueillir l’été et le renouveau de la vie. On sortait les troupeaux et on implorait les dieux de les protéger. Dans les Vosges on allumait des feux sur les sommets des montagnes en l’honneur de Bellenos, d’où découlerait le nom de « Ballons des Vosges » !
Autrefois, cette époque de l’année marquait le moment où les guerriers sortaient de leur période d’inaction pour reprendre leurs activités comme la chasse, la guerre, la protection…

Reconstitution de guerriers celtes en Camp celtique de La Bure de Saint-Dié-des-Vosges


Chez les romains, le premier jour de mai coïncidait avec les Floralies, des fêtes qui se célébraient entre le 28 avril et le 2 mai en l’honneur de Flore, la déesse du printemps et des fleurs. Celle-ci ne fit qu’un avec Beltaine lors de la conquête de la Gaule et autres territoires celtes par les romains.

Quant aux germains, on retrouve la célébration de Walpurgis, la fameuse « nuit des sorcières » de l’altération des rites païens aux sabbats sataniques. Elle est nommée également Walpurgisnacht ou encore Hexenbrennen. Les divinités païennes du printemps, dieux et déesses de la fécondité, se répandaient dans la nature pour mettre fin à l’hiver. L’Église tenta de discréditer cette fête en transformant les divinités en diables et en sorcières menant à des grandes chasses et exécutions par les représentants de l’Église puis l’Inquisition. La fête fut assimilée à la célébration de sainte Walburge (ou Valpurge, Vauburg, en allemand Walpurga) qui était une religieuse qui participa à la christianisation de la Germanie.

Malgré les répressions, cette fête du printemps continua à être célébrée clandestinement dans toute l’Europe avec plus ou moins de traditions païennes conservées.

Le mois des fées

C’est au mois de mai que les mondes des Hommes et des Fées sont le plus proche. C’est en cette période que l’on peut avoir la chance de voir apparaître l’une de ces créatures « divines ». Car les fées sont les descendantes des Fatae, des déesses mères de l’Antiquité.

Dans le Val de Galilée (Saint-Dié), le culte des fées était encore vivace au XIXe siècle. On dit qu’elles gardaient les futurs bébés au cœur de la montagne d’Ormont avant de les offrir à une future mère.

On dit également que marcher sur du millepertuis en ce jour peut nous projeter au pays des fées !

Le Mây lorrain

En Lorraine, cette festivité portait le nom de fête de Mây. Le 1er n’ayant pas toujours été un jour férié, on la célébrait alors le dimanche le plus proche. Dans les villages, la tradition, qui persiste encore parfois un peu aujourd’hui, était pour les jeunes hommes d’accrocher anonymement pendant la nuit des branches (des mais) sur les portes, mais aussi parfois sur la fenêtre la plus proche de la chambre à coucher d’une demoiselle. Certains farceurs en accrochaient parfois aux maisons de vieilles filles.

Chaque branche avait sa signification, et bien entendu plus le bois est rare et précieux, plus on montre son estime pour la bien-aimée. Ainsi, le laurier mais aussi le sapin (pour la plaine où les conifères se font rares) indiquaient que la fille était ardemment aimée. En revanche, plus l’essence est commune plus on montre son mépris, ainsi les branches de houx mais aussi des arbres de fruitiers en général voulaient dire qu’elle avait une réputation laissant à désirer. La branche de cerisier plus particulièrement était signe d’un grand mépris ! Car selon Sauvé, on disait d’une jeune fille dévergondée : « C’est un cerisier ! Tout le monde peut se pendre à ses branches et se régaler à peu de frais. » 

Ainsi au réveil, les demoiselles laissaient accrochés les mais toute la journée en triomphe, ou au contraire elles avaient tôt fait de les retirer !

Pendant la journée, de petits groupes de demoiselles parcouraient les chemins et attachaient aux chapeaux des jeunes gens qu’elles rencontraient des branches de laurier tout en chantant :

« Un beau Monsieur nous avons trouvé ;  
Dieu lui donne joie et santé !      
Ayez le mai, le joli mai. 
Que Dieu lui donne joie et santé 
Et une mie à son gré ! 
Ayez le mai, le joli mai. 
Donnez-nous votre chaperon, 
Un petit bouquet nous y mettrons. 
Ayez le mai, le joli mai. 
Mon bon monsieur, à votre gré, 
Aujourd’hui vous nous donnerez. 
Ayez le mai, le joli mai. 
Ce sera pour la vierge Marie, 
Si bonne et si chérie. 
Ayez le mai, le joli mai. » 

Après de si charmantes attentions, les passants interpellés offraient quelques pièces aux demoiselles qui leur servaient à acheter des cierges qu’elles allumaient dans leurs églises

Une légende lorraine nous raconte que le diable s’est épris d’amour pour une demoiselle, mais finalement trop timide et certainement trop honteux  de ce sentiment de sympathie, il décida d’attendre le 1er mai pour se déclarer par le biais d’un « mai ». Le diable voulait lui apporter le plus beau et le plus imposant en lui ramenant un arbre entier. Mais mal renseigné sur le choix des essences et leurs significations, le pauvre diable se trompa bien évidemment. L’histoire continue ainsi avec tout autant de gaffes qui succèdent aux tentatives de rattrapages.

Des symboles encore bien vivants !

Le 1er mai met à l’honneur le muguet dont la floraison assez courte se produit dans la même période. La plante à clochettes a toujours symbolisé le printemps, et les Celtes lui accordaient des vertus porte-bonheur. L’arbre de mai, quant à lui, est issu d’un rite de fécondité lié au retour de la frondaison. Il était en effet de coutume de planter un arbre ou un mât décoré formant un arbre, représentant alors les forces de la Nature. Malheureusement, l’Eglise catholique condamna cette tradition au concile de Milan en 1579.

Danse populaire autour d’un arbre de mai

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Photos, dessins et texte :

Thierry CHOSEROT et Jean-Michaël CHOSEROT

Sources :

SAUVÉ Léopold-François, Le Folk-lore des Hautes-Vosges, [1888], réédité dans la Série « Les littératures populaires de toutes les nations », tome XXIX, G.P. Misonneuve &Larose Editeurs, Paris, 1967, 416 p. Et présenté par FISCHER Gérard et Marie-Thérèse, Floklore des Vosges, sorcellerie, croyances et coutumes populaires, Editions Jean-Pierre Gyss, 1984, 242 p.

GUILLEMOT, Michel, et BLUMEL, Bethsabée (Dir.). Le Petit Larousse des Symboles, « arbre du printemps ». Larousse, 2019, d’après une réédition de 2006, p. 50.

PETITJEAN, C-D et Georges. Le Pays vosgien et ses habitants : origines, évolutions, descriptions, prises aux sources, des lieux jusqu’ici inétudiés. N°3, « Granges ». 1909, p.63 et 64.  

BAMMERT, Jean-Jacques. Contes et Légendes de la Montagne vosgienne. Imprimerie Lalloz-Perrin, (Remiremont, France), 1978, p. 12.

Alaudan. Les fêtes celtiques. [En ligne], Druidisme dans les Vosges, Lorraine, consulté le 29/04/2021. Disponible sur : http://www.vogesos.fr/152450404.

Anonyme. Les fêtes romaines – Floralies. « Latinistes_Voltaire ». [En ligne], 02/12/2016, [consulté le 29/04/2021]. Disponible sur : http://leslatinistesdevoltaire.blogspot.com/2016/12/les-fetes-romaines-floralies.html

Anonyme. NUIT DE WALPURGIS ou NUIT DES SORCIÈRES. « Encyclopædia Universalis ». [En ligne], [consulté le 29/04/2021]. Disponible sur : https://www.universalis.fr/encyclopedie/nuit-de-walpurgis-nuit-des-sorcieres/.