Dans les Vosges, la fêtes des bures ou des brandons se déroulait le premier dimanche du Carême et faisait suite entre autres à la pratique de la dône de la Saint-Valentin. La plus ancienne mention de cette ancienne tradition date de 1222, où l’on trouve l’expression latine dominica brandonum signifiant « dimanche des brandons ». Mais il s’agit là certainement d’une pratique bien plus ancienne et certainement païenne qui rappelle le culte ancestral du feu, donc ici la représentation des forces solaires de l’équinoxe victorieuses sur les forces obscures de l’hiver. Ainsi, les brandons sont des feux mobiles (torches) portés par les populations dans les rues des villes et villages ou dans les chemins de campagne. Quant aux bures, il s’agit ici de bûchers fixes.

Selon J.J. Bammert, on ne connait pas l’origine étymologique des « bures », en revanche « brandon » viendrait probablement de l’allemand « brand » signifiant « torche de paille tressée enflammée ». Et oui, la langue romane de Lorraine n’est pas 100% romane !

À Remiremont (Lorraine ; Vosges), L-F. Sauvé nous rapporte que le jour des bures était la première sortie des habitants de la ville, qu’il neige, qu’il pleuve, qu’il vente. Ainsi, les romarimontains prenaient le chemin des ruines d’une ancienne léproserie :

« Autour de la pauvre chapelle qui perpétue le souvenir de cet asile de la souffrance, et porte le nom de la Madeleine, se dresse ce jour-là de nombreuses boutiques de jouets et de friandises. C’est fête, en effet pour les enfants, comme c’était fête, sans doute, à pareil jour, il y a trois ou quatre siècles, pour les lépreux de Remiremont. Quand, à côté des vêtements destinés aux malheureux parias par les bourgeois de la ville, la main compatissante d’un enfant glissait quelque appétissant petit pain à la croûte dorée, une tarte, des gâteaux, elle s’aidait, pour faire parvenir toutes ces bonnes choses à leur adresse, d’une longue baguette de saule ou de coudrier. Et il était prudent d’agir ainsi, en présence d’un mal terrible, sans remèdes, et qui se propageait par le seul contact1. Le mal a disparu, le souvenir s’en est éteint, mais la coutume reste. »

La tradition des baguettes fut longtemps conservée, les enfants les utilisaient pour y accrocher des petites brioches achetées à la Madeleine et non consommées sur place, et les ramenaient ainsi comme trophée en ville.

Ainsi, le soir venu, il était de coutume d’allumer de grands feux, ces fameuses bures, sur les places de village ou sur les hauteurs autour des habitations. On utilisait aussi le terme de chavandes qui était attribué aux feux de joie en général comme ceux de la Saint-Jean ou du May. L’honneur de l’allumage de ces feux revenait aux derniers mariés des communes, ou encore des Valentines qui avaient été délaissées lors de la dône du 14 février (cliquez ici pour en savoir plus). Puis on dansait en accompagnement de chants, de iouhhihhi joyeux (cris de joie, cris de fête). Plus tard dans la nuit, quand les feux étaient entièrement consumés, les maîtres des feux, c’est-à-dire celles et ceux qui les ont allumés, invitaient les personnes ayant contribué à l’installation des bûchés à les suivre en leur demeure afin d’y poursuivre la fête par des festins.


Note :

1La peur collective d’une contagion directe avec un lépreux s’avéra sans fondement.

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Photo et texte :

Jean-Michaël CHOSEROT

Sources :

SAUVÉ, Léopold-François, Le Folk-lore des Hautes-Vosges, [1888], réédité dans la Série « Les littératures populaires de toutes les nations », tome XXIX, G.P. Misonneuve &Larose Editeurs, Paris, 1967, 416 p. Et présenté par FISCHER Gérard et Marie-Thérèse, Floklore des Vosges, sorcellerie, croyances et coutumes populaires, Editions Jean-Pierre Gyss, 1984, p. 51 et 73.

BAMMERT, Jacques Joseph, Contes et légendes de la montagne vosgienne, « Coutumes : Bures et brandons », Imprimerie lalioz Perrin (imp.), 1978, p. 76, 77.