Les Lupercales

La Saint Valentin aurait probablement pour origine les Lupercales romaines, une fête de la fécondité qui libérait les puissances vitales et se déroulait entre le 13 et le 15 février. Son nom a certainement un lien avec le loup, « lupus » en latin, car cette fête mettait à l’honneur Faunus, dieu de la fécondité, mais aussi les troupeaux qu’il défendait contre les loups. À cela s’ajoute la tradition romaine qui voulait que de jeunes gens se rendent dans une grotte au pied du Palatin où, disait-on, les pères fondateurs de la ville ont été allaités par une louve. Vêtus d’une simple peau de bouc, ils sacrifiaient une chèvre et découpaient des lanières de peaux qui servaient à fouetter tous ceux qu’ils rencontraient dans une course folle qui avait lieu au même endroit. Il était également coutume de faire la cour à l’élue de son cœur en cette période de l’année.

C’est en 495 que le pape Gélase 1er décida d’en finir avec cette pratique païenne en la remplaçant par la célébration de Saint Valentin.

Les trois Saint Valentin

Ce n’est qu’en 1496 que Saint Valentin deviendra le patron des amoureux, bien que la fête en question (14 février) honore en réalité trois Valentin, les plus importants de l’histoire chrétienne sur les sept qui ont existé.

Le premier, Valentin de Rome, était un prêtre qui vécut au IIIe siècle. En 268, l’empereur romain Claude II fit interdire le mariage pour les soldats qu’il jugeait trop dépendants de leurs femmes et, par conséquent, pas assez concernés par l’armée. Mais Valentin continua, malgré cette interdiction, à bénir des mariages secrètement, ce qui le fera arrêté et condamné à mort deux ans plus tard.

Le second, Valentin de Terni, qui vécut à la même époque que le premier, était évêque. On dit de lui qu’il offrait une rose de son jardin à chaque mariage qu’il bénissait. Il serait mort le 14 février 273.

Quant au troisième Valentin qui vécut au Ve siècle, on sait peu de chose de lui, si ce n’est qu’il aurait été un moine missionnaire originaire de Rhétie.

L’idée de la célébration des amoureux est apparue au Moyen âge en Angleterre, où l’on disait que les oiseaux s’accouplaient en cette période. On l’appelait alors le « mariage des oiseaux ». En cette occasion est apparue la « Valentine (message d’amitié) ». Cette tradition évolua en France entre le XIVe et le XVIe siècle.

La Saudée de Lorraine

Léopold-François Sauvé (1837-1892) nous rapporte un exemple vosgien de ces Saudées lorraines, au moment de la Saint Valentin, la population d’un village se donnait rendez-vous sur la place de l’église afin que tout le monde se rencontre et que l’on puisse ainsi inspecter les jeunes filles à marier. Afin d’offrir les Valentins aux Valentines, ils se répartissaient en deux bandes et investissaient deux maisons, à l’étage de laquelle leurs « chefs » respectifs établissaient le dialogue suivant :

« – Donne qui donne !

– Donne qui donne !

– Je donne Pierre A… à Louise B…

– Je donne Léonard X… à Célestine Z…»

Cela continuait ainsi jusqu’à ce que tous les Valentins aient trouvé une Valentine. Il s’agit bien là d’une  blague, mais ces mariages pour rire pouvaient finir en de véritables mariages, poussant certains timides à l’action.

« Cette énumération qu’assaisonne, de temps à autre, un grain de malice, n’est point abandonnée au caprice ou au hasard de l’inspiration, elle suppose une étude approfondie des faits et gestes des personnages, de leurs habitudes, de leurs inclinations. Aussi la liste des Valentins et des Valentines est-elle préparée de longue main. Mais tout le monde – il y a partout des timides et des gens à l’imagination lente – ne songe pas au mariage. Pourquoi ne viendrait-on pas en aide à ceux qui sont vraiment incapables de prendre une décision aussi importante de leur propre mouvement ? »

Le soir venu, chaque Valentin allait rejoindre sa Valentine en lui apportant des cadeaux, c’est ce que l’on appelait alors « racheter sa fehhnotte », c’est-à-dire sa fiancé de carnaval. Celle-ci, qui attend sa visite, a alors préparé un repas. Après avoir passé du temps ensemble, ils se rendaient ensuite au bal public. Mais il arrivait aussi que le Valentin, non satisfait du partage, puisse sans gêne retrouver une autre Valentine. Abandonnées, ces pauvres filles se retrouvaient seules, si ce n’est quelques consolations de quelconque parent ou ami. Mais ces fehhnottes avaient leur vengeance symbolique. En effet, le premier dimanche du Carême, celui que l’on appelle dans nos contrées le jour des Bures, il est de coutume d’allumer de grands feux au milieu du village. Ce sont alors ces Valentines dédaignées qui se chargent d’allumer les bûchers, faits d’hommes de paille et d’osier qui représentent leurs Valentins jamais venus. Elles récitaient alors :

« Mahhe pèce, t’és préféré in aute qué mi qui sos té fehhnotte ? Eh bé, mi, je m’fous de ti. Breûle donc, jusqué le derrère brin ! Qué j’te voisse plus dau mes eux ; qué j’ poïesse donner mé main à in autre sans regret !

Traduction :

Mauvaise pièce, tu as préféré une autre (femme) à moi qui suis ta fiancée ? Eh bien, moi, je me fous de toi ; Brûle, brûle donc, jusqu’au dernier brin ! Que je (ne) te voie plus devant mes yeux ; que je puisse donner ma main à un autre sans regret ! »


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Photo et texte :

Jean-Michaël CHOSEROT

Sources :

SAUVÉ, Léopold-François, Le Folk-lore des Hautes-Vosges, [1888], réédité dans la Série « Les littératures populaires de toutes les nations », tome XXIX, G.P. Misonneuve &Larose Editeurs, Paris, 1967, 416 p. Et présenté par FISCHER Gérard et Marie-Thérèse, Floklore des Vosges, sorcellerie, croyances et coutumes populaires, Editions Jean-Pierre Gyss, 1984, 242 p. (Edition illustrée du Musée international de l’Imagerie d’Epinal.

BRISSON, Jean-Paul, UNIVERSALIS, « Lupercales », [en ligne], [12/02/2021],  https://www.universalis.fr/encyclopedie/lupercales/.

SYLVESTRE, Paul-François, l-express.ca, « Il y a trois saints Valentin », [en ligne], [2009], [13/02/2021], https://l-express.ca/il-y-a-trois-saints-valentin/