D’autres noms de la Chandeleur :

  • Chandelours
  • Imbolc en irlandais
  • Ambivollos gaulois
  • Baldrgeirr en germain


La Chandeleur, de son nom celtique « Imbolc » ou « Ambivollos », était une fête païenne de la renaissance, de la fertilité et de la lumière, en rapport aux premiers rayons du Soleil qui annoncent le printemps. Cette fête était donc célébrée dans la nuit du 1er au 2 février.


Des chandelles et des crêpes


Avant le Ve siècle, les paysans purifiaient leurs terres en portant des flambeaux (chandelles) avant les semailles. Ces feux de la Chandeleur évoquaient ainsi le timide retour de la lumière. La farine excédentaire servait à confectionner des crêpes, symbole de prospérité pour l’année à venir. La forme et la couleur de la crêpe évoquent le disque solaire enfin de retour après la nuit de l’hiver. Voilà donc comment nous en sommes venu à déguster ce délicieux mets de février, qui peut également s’accompagner de gaufres. Si la culture de la crêpe est commune à l’Europe, chaque région a ses spécialités. En effet, on connait bien les kampouezh (crêpes bretonnes), mais la Lorraine a également ses spécialités, comme les vôtes ou vautes qui sont des crêpes épaisses cuites parfois avec des fruits, principalement des mirabelles, et qui ne sont pas à confondre avec les vôtes salés dites également « râpés de pomme de terre ». On retrouve également en Lorraine les wahhs-creupés ou pantekoufe, dont certaines recettes se font avec du fromage.


Histoire d’ours


Historiquement, cette date permettait également aux peuples germains, scandinaves et celtes de célébrer la sortie d’hibernation de l’ours, animal divinisé que l’on pensait être l’ancêtre de l’Homme et qui, à l’époque, était roi des animaux. C’est en effet au mois de février que l’on attendait le réveil de l’animal qui annonce l’arrivée prochaine du printemps et fait ainsi de lui un symbole de fécondité. La célébration de la Chandelours fut commune dans nos contrées jusqu’au XVIIIe siècle, car rappelons-nous, l’ours brun était encore présent dans les Vosges jusqu’en 1786. Il existait alors de nombreux dictons en lien avec l’ours et la Chandeleur comme celui-ci :

Ès Chandôles, osqué lo slo béille,
Lo bérian enteure dos sè cûve po hheille s’maines ;
Osqué i n’beille-me, c’ast po quwaronte jos.
(en lorrain roman, ici variant de la montagne vosgienne)
À la Chandeleur, quand le soleil brille,
L’ours rentre dans sa grotte pour six semaines ;
Quand il ne brille pas, c'est pour quarante jours.


L’accaparation chrétienne 

Pour en finir avec les fêtes païennes et le culte de l’ours, l’Eglise décida d’y placer la fête de Sainte Brigitte, figure christianisée de plusieurs déités du panthéon celtique, entre autre la déesse Bélisama, ou encore Brigantia pour les gaulois, d’où le nom de Brigitte. Les chrétiens ajoutèrent à cela la célébration de la présentation de Jésus au temple. Deux grandes fêtes pour un seul jour, L’Eglise a frappé fort !


Pourtant, les fêtes de l’ours et du retour de la lumière continuèrent dans les campagnes et s’accompagnaient de feux de joie et de processions aux flambeaux comme évoqué précédemment. À la fin du Ve et début du VIe siècle, pour contrer ces hérétiques pratiques, le pape Gélaste instaura la fête chrétienne des chandelles (festa candelarum). Ainsi, les processions aux chandelles, torches et autres flambeaux ne furent pas supprimées mais bénites !


La Chandeleur est née !

Si le culte de la lumière s’estompa peu à peu, celui de l’ours resta quant à lui bien vivant. Si vivant, d’ailleurs, que du XIIe au XVIIIe siècle, cette fête n’était pas appelée « Chandeleur » mais « Chandelours ».

Le choix plus récent de remplacer l’ours comme roi des animaux par le lion est également une instauration chrétienne.


L’ours et l’Homme

Avec l’avancée de la paléontologie et de l’archéologie, on sait aujourd’hui que l’ours et l’Homme avaient une étroite liaison. Ainsi, les Hommes préhistoriques ne chassaient pas l’ours des grottes mais cohabitaient plutôt avec lui comme le font le renard et le blaireau qui se partagent un même terrier. L’ours bénéficiait du feu et de la chaleur de l’Homme, et l’Homme bénéficiait de la protection de l’ours, Homo sapiens étant une proie pour d’autres espèces en ces temps anciens.
Au cours du temps, plusieurs histoires rapportent ces témoignages de personnes perdues dans la nature et qui ont survécu en vivant avec des ours. L’une de ces histoires est d’ailleurs toute récente, puisqu’elle date de janvier 2019. Un enfant disparu aux USA déclare avoir été protégé du froid par un ours.




Photos et texte :

Jean-Michaël Choserot


Sources :

SAUVÉ, Léopold-François, Folklore des Vosges, Sorcellerie, croyances et coutumes populaires, « Février », Jean-Pierre Gyss, 1984, d’après une réédition de  1889, p. 38.

WADIER, Roger, Noëls Lorrains, « Chandeleur », « Des cierges miraculeux » p. 245-249, « Des crêpes en or » p. 249-254.

POIROT, Catherine et Jean, Le Troglo, « L’Ours dans les Vosges », n° 20, 1986, p. 7.

Dir. GUILLEMOT, Michel et BLUMEL, Bethsabée, Le Petit Larousse des Symboles, « ours », 2019 d’après une réédition de 2006, p. 466.

BAUDOIN DE MENTEN, La Buvette des Alpages, « La Chandeleur : le réveil de l’ours », [en ligne], [02/02/2011], consulté le 01/02/2017, https://www.buvettedesalpages.be/2011/02/chandeleur-le-reveil-de-l-ours.html?fbclid=IwAR3GuWsaBlwdKugcuNfqRWqS1nOPrToJfD-z2vz_dxCrwszqmQeCEHPdgdg.